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  • Pascal Latouche

La valeur des "objets"



C’est fou ce que l’on peut accumuler d’objets dans notre quotidien. Je présume que chacun de ces objets renvoie à une situation qui a du sens au moment où la personne les obtient. Ne soyez pas surpris que je mette ce terme « objets » entre guillemets dans la suite de mon propos, je m’en expliquerai.


Actuellement commis au rangement d’un certain nombre de lieux d’un passé encore très présent, je me souviens des situations. Je trie pour conserver ou jeter des « objets » qui ont appartenu à quelqu’un d’Autre que moi. Quel que soit ma proximité avec cet Autre, ces « objets » furent les siens (fait main, achats, cadeaux,…) et non les miens. Alors quoi garder et quoi jeter ?


Je redoutais depuis des mois cette tâche car elle me semblait extrêmement difficile. Ce n’est point l’effort physique que je redoutais (pas besoin d’être Arnold pour le faire). Ce n’est pas non plus l’effort de temps que cela prendrait que je redoutais (j’ai pris des congés pour cela). Ce qui est difficile, c’est l’effort mental qu’il convient de mettre en œuvre pour appréhender chacun de ces « objets » et décider de leur « avenir ». Ces « objets » ne sont pas les miens et je les respecte tous au nom de l’Autre. Ils sont chargés de souvenirs.


Les « objets » revêtent une importance essentielle. L’Autre qui n’est plus présent (quel que soit la raison – mortalité, rupture, …), continue d’exister aussi à travers ces « objets ». L’Autre les a choisis. Il s’exprime à travers ses choix. Ces « objets » ne constituent en fait qu’un ensemble de représentations, de points d’ancrage visuels de l’Autre, que l’on ne peut plus voir, toucher, ou avec qui parler. Ils nous touchent / parlent donc au présent et pourraient influer sur notre état d'esprit.


L’esprit humain a besoin de ces points d’ancrage (les « objets ») acceptés ou rejetés.

Ces « objets » seront d’autant plus nombreux à être préservés que la relation à l’Autre aura été réciproquement sincère. On en préservera alors la mémoire en gardant dans sa vie des « objets » réconfortant pour l'esprit. Ils seront d’autant moins nombreux, voire inexistants à être préservés, que la relation à l’Autre aura été une illusion. On s'en débarrassera alors en sortant de sa vie des « objets » encombrant pour l’esprit.


Pour se souvenir du passé, tout en vivant au présent (afin de construire un futur), sans doute faut – il faire preuve d’un certain « pragmatisme émotionnelle ». D’ailleurs ce propos, s’il s’applique aux objets du matériel (le tangible), ces derniers ne sont que des échos aux objets de l’immatériel (l'intangible)…C’est la raison des guillemets …

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copyright 2018 Pascal Latouche

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